Il y a une vie après la crise

Pendant qu’experts et politiques se mobilisent pour maîtriser les effets de l’ouragan financier qui plombe notre climat économique, grands et petits patrons doivent, à la tête de leurs entreprises et de leurs équipes, relever le défi des quelques mois de dépression qui suivront inéluctablement la tempête.

Que faire ? Simple enjeu de performance pour les uns, question de survie pour les autres… de l’inquiétude à la peur, la palette émotionnelle est étroite et, sans doute, la pire des conseillères.

La sagesse invite, me semble-t-il, à commencer par considérer que cette crise est provisoire et à se projeter, dès à présent, dans l’après crise pour mobiliser ses ressources mentales, définir une stratégie et entrer de façon positive dans l’action.

Se projeter dans l’après crise, non pas pour nier la crise et s’enliser dans je ne sais quel idéalisme béat mais, bien au contraire, pour donner une perspective à l’entreprise ; donner aux collaborateurs, aux clients, aux actionnaires, aux fournisseurs une raison de s’engager et de s’investir dans l’action commune ; prendre appui sur l’objectif pour concevoir les bonnes solutions.

A la sortie d’une crise, il n’y a que deux types d’entreprises : celles qui en sortent affaiblies et celles qui en sortent plus fortes.

Ce qui les distingue n’est pas nécessairement ou uniquement financier : l’une et l’autre ont pu perdre de l’argent. Mais les premières ont perdu bien plus : collaborateurs, clients, confiance, enthousiasme, vision, envie… Elles ont fait preuve de réactivité mais, naviguant sans vision, elles ont sacrifié le meilleur d’elle-même pour survivre.

Les secondes, au contraire, ont été créatives et proactives ; fortes d’une vision claire et d’une ambition intacte, elles ont pris appui sur l’avenir pour, dans la crise, mobiliser le meilleur de leurs ressources humaines et renforcer leur système relationnel interne et externe. Certaines ont fait de la crise une opportunité.

Quand l’argent se fait plus rare, on découvre à quel point les hommes sont la première richesse de l’entreprise, la première ressource d’innovation, de réactivité, d’adaptation, de développement …

De crise à dépression, jusque dans les mots, il est, en effet, toujours question de moral, de mental, d’émotionnel, de psychologique, de subjectif, de confiance… l’économie n’est jamais qu’une affaire d’êtres humains…

Si la théorie des dominos (ou du battement d’aile du papillon) marche dans un sens, elle marche aussi dans l’autre : pourquoi un petit vent d’enthousiasme et de sérénité dans un coin de la planète ne pourrait-il, de proche en proche, générer un souffle d’optimisme sur tous les marchés ?

De même que lorsque nous sommes bloqués dans une file de voitures, nous disons tous « je suis pris dans un embouteillage » au lieu de dire plus justement « je participe à un embouteillage », chacun d’entre nous, plutôt que de subir la crise, peut considérer qu’il en est un acteur et qu’en agissant devant sa porte, il participe à la marche du monde. En qualité de participants actifs à la crise, nous pouvons contribuer, par notre attitude, nos décisions, nos actions à en limiter les effets et en accélérer la sortie…

Dans cette période mouvementée, la première urgence est de se poser, calmement. Réunir ses équipes, réfléchir, mettre en perspective, sortir du cadre étroit de notre quotidien, sortir des schémas de pensée dans lesquels nous précipite le brouhaha ambiant, penser vision, sortie de crise, rentabilité durable. Penser moyen terme pour mieux agir à court terme.

3 Réponses à “Il y a une vie après la crise”

  1. darkvador écrit :

    Il y a bien sur une vie après la crise mais quelle vie?
    Cette crise est grave et profonde.
    Cette crise n’est pas seulement une crise financière, c’est une crise multidimentionelle.
    Elle est économique, énérgétique,alimentaire, morale,accompagnéee de sa cohorte d’effets systémique dont nul ne peut connaitre la durée ni les conséquences.
    il nous faut préparer à un monde dangereux et inconnu.
    Ca n’est pas accompagner la dépression que de le dire, c’est voir la réalité en face et se mettre en position de l’affronter.
    Se poser calmement et réfléchir?
    Espérons que vous serez entendu…

  2. Skywalker écrit :

    Cette crise a le premier mérite de se retourner et de frapper ceux qui l’ont provoqué. Les dimensions multiples que vous lui prêtez D. sont avant tout le fruit d’une communication malsaine qui pousse nos 60 millions d’économistes (ou 6 milliards) à se sentir directement affecté par les ratés d’un monde virtuel. Une communication que vous justifiez par la nécessité de “voir la réalité en face”. Je ne doute pas que cette réalité là vous apparaisse clairement… Pour moi, elle n’est en aucun cas une réalité établie, mais bien l’effet d’une spéculation de plus.
    Se préparer à un monde dangereux et inconnu ? Je préfère y voir un monde plus rassurant, qui sanctionne durement les excès de la finance, et rémunère la véritable création de richesses.
    Beaucoup attendaient ce moment sans le savoir. Il suffit de leur expliquer.

    Je regrette, mais c’est bien accompagner la dépression que de le dire, car cette crise est avant tout affaire de communication.

  3. Dominique écrit :

    La crise n’est que la traduction physique de la maladie. Ne s’attacher qu’à la crise revient à vouloir traiter la douleur immédiate, le court terme.
    Dans l’entreprise, ce sont les causes qui importent et il faut avoir le courage de faire exprimer tous les symptômes aux collaborateurs.
    Après, quel que soit le diagnostic et le remède choisi, peu importe : Avoir pu décrire quelques causes peut souvent permettre d’envisager des solutions faciles à mettre en oeuvre.
    En ce moment, tout le monde se pose la question “que va t-il arriver demain ?” On ne peut rien contre l’environnement et la morosité ambiante.
    Ne peut-on pas se dire “Qu’est-ce qu’on tente à partir de demain?”

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