Toujours un peu plus de la même chose…

Différenciation, « océans bleus », singularité… plusieurs voies méthodologiques innovantes ont été proposées ces quinze dernières années pour aider les entreprises à sortir de la logique de concurrence frontale et à s’engager dans la voie d’une rentabilité mieux maîtrisée et plus durable par la création et l’exploitation de nouveaux « espaces stratégiques ».

Malgré leur consistance et leur pertinence, ces nouvelles voies de l’analyse et de la réflexion stratégiques ne semblent guère prospérer : la plupart des entreprises continuent, coûte que coûte, à se livrer à d’épuisantes (et sanglantes) batailles frontales pour la défense, la conquête ou la reconquête de quelques dixièmes d’un territoire défini et convoité par tous les protagonistes de la même façon…

Pourquoi ces approches innovantes restent-elles aussi peu connues et utilisées ? Parce qu’elles se heurtent à un scepticisme et à une méfiance trouvant leur origine dans les profondeurs de notre culture qui, dès l’enfance, valorise la reproduction et la rente plutôt que la création et le risque.

Ainsi notre société, préférant la voie de l’optimisation à celle de l’innovation et le risque de la médiocrité à celui de l’échec, fabrique-t-elle bien davantage de gestionnaires et d’exploitants que de transformateurs et d’innovateurs, plaçant le plus souvent les premiers aux postes de commandement… Ce qui, en réalité, est plutôt bien fait :

- non seulement, parce que les audacieux, les révoltés ou les créatifs qui veulent transformer le monde sont rarement les plus aptes à faire prospérer leurs propres idées,

- mais aussi parce qu’il faut des centaines de milliers d’électriciens ou de pharmaciens pour concrétiser les avancées d’une poignée d’Edison ou de Pasteur…

Mais si les créatifs savent bien - on le leur a dit depuis leur plus tendre enfance - qu’ils ont besoin des gestionnaires pour vivre, les gestionnaires, eux, ont rarement conscience de la nécessité de donner leur vraie place aux créatifs.

Et pourtant… faute de remettre des idées et de l’audace régulièrement - et de plus en plus souvent - dans la chaudière, les gestionnaires et les exploitants finissent toujours par s’épuiser en épuisant les capacités de résultats d’un système concurrentiel fondé sur le « toujours un peu plus de la même chose »… Une équipe qui gagne est une équipe qui valorise, cultive et fait fructifier les différences en son sein.

En jaquette de  son excellent ouvrage « La valeur des idées », Luc de Brabandere interroge : pourquoi Google, Amazon, YouTube, eBay n’ont-ils pas été créés par un géant, respectivement, de l’informatique, de l’édition, de la  télévision ou de la distribution ?

2 Réponses à “Toujours un peu plus de la même chose…”

  1. GENEVIEVE SLOSSE écrit :

    J’aimerais apporter un commentaire à votre article. Il est le fruit de mon expérience personnelle récente à la fois en entreprise, mais aussi dans l’enseignement.
    D’un côté, l’entreprise a du mal à s’engager sur des schémas de pensée nouveaux, car les objectifs de ses cadres sont la plupart du temps exclusivement financiers et l’évaluation porte sur des périodes d’un an (pour le mieux) durée relativement courte à l’aune de la créativité.
    De l’autre côté, la recherche fait peu d’effort pour entrer dans l’entreprise, car c’est un monde qui ne parle pas sa langue et pour laquelle elle affiche un certain mépris (le monde de la “libre” pensée contre celui de l’argent).
    Ayant récemment quitté l’entreprise et repris une activité d’enseignement, qu’elle n’a pas été ma surprise quand, lorsque j’ai dit que je m’intéressais à la recherche (j’ai moi même une thèse de troisième cycle en sciences sociales), des “chercheurs officiels” m’ont fait comprendre que venant de l’entreprise, j’aurais vraissemblablement beaucoup de mal à m’intégrer dans un programme de recherche!
    Le fait d’avoir mis la recherche entre parenthèses au cours de ma carrière ne m’autoriserait donc pas à y revenir. Mes neurones en seraient-ils affectés?
    Or donc, dans notre pays, il faut choisir son camp, celui de la recherche ou celui de la pratique.
    Pas étonnant que l’on ai du mal à utiliser de nouveaux concepts dans le développement de projets dans l’entreprise ! Mais entre les réticences des chercheurs à s’ouvrir (en acceptant de parler un langage plus opérationnel) et celles des dirigeants d’entreprises, (pour qui la créativité n’appartient pas à la panoplie d’évaluation du cadre) je me demande qui de la poule ou de l’oeuf?

  2. Rémi Champinot écrit :

    D’accord avec ce que dit Geneviève lorsqu’il s’agit de sociologie ou de biologie, par exemple.
    Mais en matière de stratégie d’entreprise, de marketing, de management etc… les lieux de R&D sont des universités à l’américaine (Porter à Harvard par exemple) ou des grandes écoles à la française (Kim et Mauborgne - pour les océans bleus - à l’Insead, par exemple) où les enseignants chercheurs, parfois consultants, sont étroitement liées aux entreprises et nourrissent leurs recherches d’études de cas pratiques en entreprises… Leurs publications sont, par ailleurs, très accessibles…

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