Peur, cynisme, démagogie… la règle des trois tiers.

La règle des trois tiers*… Inutile de dénoncer ici cette nouvelle exhumation d’un leurre médiatique éculé, ce hold-up intellectuel, ce détournement de sens : d’autres l’ont amplement fait et refait ces derniers jours (et ces dernières décennies !…) avec un talent et une compétence auxquels nous ne pouvons prétendre…

Sur le fond, rien à ajouter. Sur la forme, une interrogation nous occupe : pourquoi ce rideau de fumée ? A qui profite le mensonge ?

Voyons le mécanisme.

En faisant la promotion d’une solution impossible, on se place dans le camp des gentils, des justes, des politiquement corrects qui dénoncent les excès du capital (participant ainsi, au passage, aux multiples amalgames malsains sur la crise et ses origines…)… tout en rassurant les détenteurs du dit capital qui savent très bien que la solution avancée est un leurre, une voie sans issue qui occupera les medias et l’opinion le temps que ça se tasse ou qu’on trouve autre chose.

Mais pourquoi laisser ainsi penser, en accréditant l’idée d’une répartition injuste des profits, que des rémunérations excessives seraient versées au grand capital, i.e. aux « grands capitalistes », aux « riches »…? Pourquoi laisser mettre ainsi en avant  cette cible, par ailleurs bien protégée par l’ineptie de la solution avancée ?

Et si le leurre était la cible elle-même ? Si cette cible en cachait une autre à laquelle elle se substituerait utilement ?… Si cette version de l’histoire était plus facile à entendre et à accepter qu’une autre ? Quelle autre réalité serait cachée derrière ce double rideau de fumée des boucs émissaires et de la solution impossible ?

Selon les estimations, 40 à 50 % de la capitalisation boursière mondiale seraient détenus par les systèmes de financement des retraites (fonds de pensions anglo-saxons en tête) : en réalité, la pression sur les profits dans les entreprises, sur la distribution de dividendes contre les salaires et l’investissement, sur la réduction des coûts, cette pression qui diffuse dans l’ensemble de l’économie par un accroissement considérable de l’intensité des luttes concurrentielles… est une pression exercée, indirectement mais fermement, par la foule croissante des retraités sur les actifs…

En réalité, baisser le niveau des dividendes … ce serait, aujourd’hui, dans une large mesure, baisser les retraites.

C’est étonnant qu’on ne le dise pas… Non ?

* pour qui se serait absenté de cette planète quelques temps : répartition des profits des entreprises en 3 tiers entre actionnaires, salariés et entreprise.

2 Réponses à “Peur, cynisme, démagogie… la règle des trois tiers.”

  1. JM écrit :

    ce qui supposerait de surcroit ,et qui pourrait bien y croire ,que l’etat abandonnerait son quatrieme tiers !!
    Comme tu le dis Rémi,l’escroquerie intellectuelle n’est pas loin ……..

  2. SLOSSE GENEVIEVE écrit :

    Ce matin sur France Inter, Martine Aubry a fait une remarque particulièrement judicieuse.
    Avant de s’attaquer à la répartition des profits, pourquoi ne pas se poser la question de la répartition de la richesse générée par l’entreprise entre profits et salaires. Car c’est bien de cela qu’il s’agit me semble-t-il. S’attaquer au profit, c’est laisser de côté la question des salaires et laisser aller la dérive qui s’est installée depuis les 35 heures. Le fameux “travailler moins pour gagner moins” (qu’est hélas devenu le projet de partage du travail), qui fait hélas écho au travailler plus pour gagner plus saluer qui fait recette ces derniers temps.
    Encore une petite phrase démagogique, un brin cynique ! … pour conjurer la peur d’avoir moins.

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