Solidarité et engagement

Il y a mille bonnes raisons de « supprimer des postes » dans une entreprise : évolution technologique, gain de productivité, automatisation, baisse d’un marché, perte ou abandon de positions, réorientation de l’entreprise…

Mais y a-t-il autant de bonnes raisons de supprimer les emplois qui vont avec ces postes ? Impasse, pertes, recul, repli, défaillance, manque de clairvoyance, d’anticipation, de performance… Echec… Ca peut arriver à tout le monde. Supprimer des emplois sous la pression d’un environnement concurrentiel mal maîtrisé, c’est toujours une défaite.

Mais supprimer des emplois quand tout va bien, après des années d’une croissance qui se poursuit, avec des résultats financiers florissants, ce n’est pas une défaite. C’est une désertion.

Comment une entreprise qui n’y est pas contrainte dans l’urgence peut-elle délibérément ignorer, laisser se perdre et finir par jeter des années d’expérience et de culture, un capital de savoirs, d’adhésion, d’engagement et de potentialités, tout en donnant au passage un sérieux coup de couteau dans la confiance ?…

Supprimer des emplois quand tout va bien, c’est comme supprimer des clients parce qu’ils ne sont pas rentables plutôt que de se demander comment ils pourraient le devenir.

Supprimer des emplois quand tout va bien, c’est comme supprimer des fournisseurs pour la seule raison qu’on veut réduire le nombre de lignes et baisser les coûts d’administration plutôt que d’apprendre à s’ouvrir davantage et multiplier des liens, sources de richesses et d’innovations…

Supprimer des emplois quand tout va bien, c’est comme réduire le capital de l’entreprise et rendre l’argent aux actionnaires parce qu’on ne sait pas quoi en faire…

Supprimer des emplois (des clients, des fournisseurs, du capital…) quand tout va bien, c’est une absence affligeante de vision, d’ambition, de créativité, d’imagination, d’enthousiasme, de capacité à se projeter, à entraîner les hommes dans de nouveaux projets, à innover. C’est un déni d’entreprise. Un gâchis.

Je ne peux que faire le parallèle avec ces deux jours de séminaire passés la semaine dernière avec une bien belle entreprise de 220 personnes et 40 M€ de chiffres d’affaires, violemment secouée, comme tant d’autres, par la tourmente. Réuni avec nous en séminaire de “stratégie de crise“, le Comité de Direction décide, en ouverture aux mille idées et actions innovantes qui naîtront dans ces deux jours, de tenir le cap dans la tempête sans jeter personne par-dessus bord. Il choisit la solidarité.

Posture éthique ? Peut être… pourquoi pas ? Mais surtout posture de manager, de stratège et de patron.

Parce que dans solidaire il y a solide. Solidaires pour être plus forts. Parce que chacun sait autour de la table qu’il faut sortir par le haut et que les hommes sont la principale richesse de l’entreprise : tout le monde sur le pont, la mobilisation générale est décrétée. 

Tiré par une vision ambitieuse et bien construite de sa position stratégique à moyen terme,  ce CODIR courageux et créatif a tissé, noué, renforcé, multiplié au cours de son séminaire tous ces liens* fondamentaux qui constituent la stratégie et l’identité de l’entreprise.

Il y aurait eu mille bonnes raisons de laisser filer, de réduire la voilure… Mais le plan adopté ne lâche rien, ni sur le terrain de la rentabilité, ni sur celui des positions concurrentielles, ni sur celui des hommes. Engagement… total.

* voir méthodologie EAR, l'Alliance

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