Bonheur ou performance ?

Pendant que la Commission Stiglitz travaillait à la définition de nouveaux indicateurs visant à évaluer la performance d’un système économique et social au bonheur ou au bien-être qu’il crée, l’une de nos plus grandes entreprises, parmi les plus “performantes” de son secteur, connaissait une épidémie de mal-être et de souffrance au travail sans précédent.
Concordance des événements, rapprochement éclairant… J’entends déjà certaines réactions…
“Vous mélangez tout ! On ne parle pas de la même chose ! Macro et micro économie ne traitent pas de la même réalité !
Que le politique veuille le bien-être des citoyens, voilà qui est sans doute louable… Mais depuis quand une entreprise aurait elle pour objectif de produire du bien-être pour les gens ?
Une entreprise est là pour gagner de l’argent et, à cette fin, elle exploite ses ressources de la façon la plus efficace possible… Que ces ressources soient matérielles, énergétiques, humaines, peu importe, il faut en tirer le meilleur ! En veillant bien sûr toujours à respecter la mécanique, à ne pas pousser le moteur au delà de ses limites…
Les meilleurs savent le faire à l’oreille ; pour les autres, on a mis des panneaux de contrôle un peu partout, des indicateurs. C’est sûr, on essaie toujours d’éviter la casse… mais qu’est-ce que vous voulez, homme ou machine, il arrive que ça lâche quand on force un peu. Et on n’aime pas ça… parce qu’au bout du compte, ça coûte !
Mais on progresse… Comme dit le Président, c’est juste question d’améliorer un peu la compétence des conducteurs de machines et des managers. Mieux lire les indicateurs, doser la pression… Mais bon, dans l’ensemble, le taux de casse n’est pas si élevé… Notez qu’il y a tout de même le taux de panne… 20 % d’arrêt… ça peut paraître beaucoup…  Mais bon, ça aussi, ça se règle…”

Caricature ? Peut-être un peu… À peine. L’homme, une ressource ? Evidemment, sinon pourquoi y aurait-il des RH et des DRH et des RRH ?… Bien sûr : soyons réalistes et pragmatiques, comme disent les vrais managers…

L’homme est une ressource pour l’entreprise, soit, mais une ressource infiniment riche, complexe, subtile… Une ressource sentimentale dont les principes actifs sont à 90% émotionnels et subjectifs… Une ressource qu’il faut savoir utiliser avec doigté, intelligence, sensibilité…

Une ressource qui ne produit jamais autant de valeur que lorsqu’elle n’est pas traitée comme une ressource…

Une ressource dont le mode de fonctionnement devrait nous inviter à inverser l’ordre des facteurs et la hiérarchie des valeurs… Ainsi, la première chose qu’il faudrait enseigner aux dirigeants et aux managers nous est rappelée, dans une jolie formule, par Yannick Noah : “Ce n’est pas la réussite qui fait le bonheur. C’est le bonheur qui fait la réussite.”

En micro économie, comme en macro ! Mais le bonheur, lui, de quoi est-il fait ?

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