Et que faites vous des 70 % ?

Réunion de travail l’autre semaine dans la filiale française d’un groupe allemand. Une douzaine de collaborateurs autour de la table pour préparer la mise en place d’une nouvelle organisation et anticiper sur les éventuelles – mais bien entendu inévitables… – résistances au changement.

Amusant d’entendre les français soulever les questions du sens, de la communication, de l’adhésion… et les allemands, celles de la méthode, du plan d’action, du calendrier…

Rassurant de voir l’écoute attentive et active entre les uns et les autres…

Séduisante, la pertinence de ces jeunes cadres allemands, professionnels et décontractés, tous trois issus d’un cursus universitaire « hybride » mêlant technique et management, nourri d’une alternance entre enseignement théorique et apprentissage et suivi dans des universités fortement liée à la communauté industrielle locale…

Est-ce dans ce parcours qu’il faut chercher l’origine de cette facilité dans l’échange, de cette excellente capacité à reformuler et à construire avec l’autre dont ils ont fait preuve pendant deux jours ? Peut-être… Mais sans doute plus encore, m’a-t-il semblé, dans une intelligence de l’entreprise et un sens du collectif que l’on croirait inné tant il semble plonger ses racines dans un terreau culturel profond.

Me revint à l’esprit, au soir du deuxième jour de ce séminaire très productif, ce dialogue, récemment rapporté dans une émission économique, entre un patron français et son homologue allemand à propos des niveaux de formation dans les deux pays.

Ils étaient tombés d’accord tous les deux pour considérer que les deux populations, allemande et française, étaient composées, en gros, de 15 % d’élites intellectuelles, de 15 % de personnes en difficulté et de 70 % constituant la masse moyenne… Fort de ce constat, le français avança que, s’agissant des 15 % constituant l’élite, la France devançait nettement l’Allemagne quant au niveau et à la qualité des formations dispensées dans notre pays, notamment par les grandes écoles. Le dirigeant allemand n’en disconvint pas et poursuivit par une question : « Et que faites-vous des 70 % ? »…

L’industrie représente aujourd’hui 35 % du PIB allemand et 14 % du PIB français. Personne ne saura bientôt plus comment on fabrique une chemise, une pièce mécanique ou un circuit électronique dans notre pays, mais nous aurons, sans doute, l’élite la plus brillante du monde.

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