Autoroute démocratique

Voici donc revenu le moment de notre rituel quinquennal.

Et, comme chaque fois, les mêmes vrais enjeux et les mêmes faux débats. Les autoroutes de la pensée semblent à nouveau devoir concentrer le flux des électeurs avec permis sous la conduite de bisons futés équipés de toutes sortes d’écrans radars et moyens de communication avancés…

Il y aura certes un peu de trafic sur les réseaux secondaires, mais rien qui fasse bouchon et justifie le 20h00 de TF1…

Il va être question de crise, de budget, d’endettement, de dépenses, d’emprunt, de déficit, de remboursements, de qui doit payer et qui profite… Le débat va se décliner en millions d’Euros, en pourcentages, en un peu plus ou un peu moins de la même chose…

En fait, ça va être comme dans la vraie vie des Toutlemonde… Quand on n’a plus rien à se dire, quand on ne sait plus où on va ensemble, quand on est incapable de projet, quand on a perdu l’utopie du bonheur… on fait les comptes. Quand les comptes sont bons, on s’apaise et on ronronne. Quand les comptes sont mauvais, on se les jette à la figure.

Ainsi en est-il des Toutlemonde. Ainsi en est-il de notre république, de notre état et de ce qu’il reste de notre démocratie, puisque, si l’on suit Emmanuel Todd*, il n’en reste plus grand chose…

Par les uns comme par les autres, par les grands bisons futés du trafic électoral, les français vont être appelés à voter en bonne ménagère. Et nul doute que le débat sera long et tendu sur la gestion de la crise avec des « j’ai bien agi… » et des « à votre place j’aurais… ».

Mais qui parlera du fond ? Qui osera aller sur les terrains difficiles qui demandent le temps et la concentration du citoyen :

-       où sont les origines réelles et profondes de ce type de crises, de quel système d’organisation de la société, de quelles valeurs sont-elles le fruit ?

-       quel vivre ensemble voulons nous vraiment, quelle société voulons nous dessiner pour nos petits enfants, quelle place voulons-nous faire à la misère ?

-       d’où vient l’éclatement de notre société, son éparpillement, la rupture de ses milliers de liens invisibles, précieux et fragiles qui la formait, la disparition progressive mais constante du sentiment d’appartenance ?

-       comment faut-il arbitrer entre notre soif individuelle de liberté et notre besoin collectif d’égalité ?

-       comment traiter, dans l’organisation de notre société, la question de la responsabilité et de la coresponsabilité ?

-       quelle est notre place sur la planète et comment la construire ?

-       quel usage faire de notre histoire qui marque tant, en forces et en faiblesses, notre inconscient collectif ?

-       … ?

Mais non, bien sûr que non… Nous n’avons pas le temps de nous poser ces questions… Nous ne faisons pas de philosophie, nous, nous sommes pragmatiques !..

Et puis, demander de la concentration au citoyen auditeur, téléspectateur, lecteur ?… Nos débatteurs ne s’y risqueront pas… Ils savent les dégâts déjà provoqués par la culture zapping sur cette capacité à orienter notre réflexion… « Faites court, M. Lecandidat, vous allez ennuyer nos téléspectateurs ».

*Emmanuel Todd, Après la Démocratie

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