Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude

Nous voici au volant de notre voiture, à l’arrêt, parmi des milliers d’autres voitures, alignées les unes derrière les autres, sur trois voies. Le feu passe du rouge au vert, puis du vert au rouge et à nouveau du rouge au vert et nous n’avançons pas. Voici que l’on entend des coups de klaxon impatients…

Nous voici au téléphone expliquant notre retard, nous plaignant de nous trouver coincés dans un embouteillage… Un embouteillage bien sûr imprévisible, un embouteillage dont nous sommes la victime, un embouteillage qui explique, excuse, justifie notre retard…

Nous voici expliquant que nous prenons notre mal en patience, que nous faisons vraiment de notre mieux et priant que l’on veuille bien patienter, se faire une raison et nous attendre…

Alors, qu’à bien y réfléchir, nous devrions dire que nous sommes en train de participer à un embouteillage… Qu’avec notre voiture, notre heure de départ, nos habitudes de déplacement nous avons délibérément participé à la création, au développement, à l’aggravation d’un embouteillage….

Nous voici dans notre Cité, à l’arrêt, liés les uns aux autres sur un chemin dont nous ne percevons plus très bien ni les bords ni la direction… Voici que l’on entend des cris dénonçant les uns qui prennent trop de place ou les autres qui ne font rien…

Nous voici, à certaines tribunes, expliquant à nos enfants que nous ne serons pas au rendez-vous de nos promesses, nous plaignant d’être englués dans une Grande Crise. Une crise bien sûr imprévisible, une crise dont nous sommes les victimes, une crise qui nous tombe dessus et qui explique, excuse, justifie notre incapacité à faire mieux.

Nous voici, aux mêmes tribunes, expliquant que nous avons été courageux, vaillants, actifs pour circonscrire ses effets et qu’il faudra encore bien des efforts et de la patience pour qu’elle se résorbe…

Alors qu’à bien y réfléchir, nous devrions dire que nous sommes en train de participer à une crise, que, depuis 30 ans et, tout particulièrement, depuis 10 ans, ignorant tous les signaux, n’écoutant que notre avidité égoïste et immédiate ou nos peurs moutonnières, nous avons délibérément participé à la naissance et au développement de cette Grande Crise.

Alors que, bien entendu, il nous faudrait dire que ce sont nos croyances aveugles en une fable et le système que nous avons choisi qui ont inéluctablement entraîné le développement de la crise dont nous feignons de croire quelle est à l’origine de nos difficultés alors qu’elle est le résultat de nos choix…

L’embouteillage est consubstantiel d’un système ;  la seule façon d’en sortir durablement, c’est de commencer par ne pas le créer.

A entendre certaines justifications, on ne peut s’empêcher de rappeler ce principe de droit et de morale commune : « nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude ».

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