Piloter au rétroviseur

N’est-il pas étonnant de voir comment nombre de spécialistes de l’entreprise, experts en stratégie ou grands cabinets références (qui, par ailleurs, ont tant apporté à notre réflexion et à nos méthodes) continuent, dans ce monde en mouvement, à tenter d’éclairer l’avenir avec des rétroviseurs ?

Nourris - comme beaucoup d’entre nous…- dès leur prime jeunesse à l’étude de cas, méthode d’apprentissage intensif du conformisme, ils investissent une énergie considérable à théoriser le succès des entrepreneurs et des créatifs (leurs fascinants contraires) et à modéliser le passé pour tenter de le reproduire. Le passé se renouvelant naturellement sans cesse, le processus est sans fin, ce qui finit par produire un business plutôt florissant pour des cerveaux bien remplis ayant quelques aptitudes à jouer les Sisyphe… 

C’est ainsi que, dernière grande avancée en date, on explique aux entreprises occidentales comment faire évoluer leur stratégie à partir de l’analyse des mouvements d’acteurs émergents chinois, indiens ou brésiliens (mouvements qui n’avaient été ni anticipés ni théorisés à l’avance !).

Le conformisme de la pensée mécaniste et arithmétique, orientée par une vision exclusivement rationaliste du monde, répond de toute évidence à une émotion dominante de peur (ou d’angoisse existentielle) en tentant, toujours selon les mêmes méthodes, d’élaborer des modèles prédictifs, de prolonger des courbes, de surfer sur des tendances, de s’inscrire dans un cadre…

Mais l’innovation, en matière de stratégie d’entreprise comme en tout autre domaine, résulte d’abord d’une capacité à changer son regard sur le monde, à changer sa représentation. La différence majeure entre MPE (Multinationales des Pays Emergents) et les géants occidentaux est une différence de point de vue… Difficile à faire entrer dans les deux dimensions d’un tableau Excel.

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